[fyeg_gen-l] a personal letter from France

aude at chicheweb.org aude at chicheweb.org
Thu May 24 11:41:17 CEST 2007


Hello.

Some other young greens may give you more precise informations about the 
current situation in France... because mine are not really personal, but 
reflect a collective feeling that may be very minoritary.

On April 21st 2002, Europe and France were under the shock of Le Pen 
reaching the second turn of the election. Now Sarkozy brought most of 
his ideas, he was elected, and it's supposed to be nothing special...

It is. No joyful horning in the streets on election night, but police 
sirens and demonstrations of young people expressing their fear of 
Sarkozy. These demos were not very well understood (this means you don't 
respect the democratic decision !) and were very strongly repressed : in 
every large city, 15-25 people went to court and received several months 
of prison. Chiche ! wrote a texte called "A-t-on les élu-e-s qu'on 
mérite ?" (Do we have the elected governement that we deserve ?), that 
explains why this election is far from the democratic ideal : violence 
of the ideas, mediatic system under influence, low demand of internal 
democracy within the parties... this democratic system came to an end on 
May 6th.

And it goes on. The government includes a socio-democrat figure (Bernard 
Kouchner), and this is supposed to be an answer to the strongest gap 
ever created in France during a political campaign... but there is no 
alliance on programme basis, it's just an outsider who has been bought. 
How can you tell to the large audience that this is no reconciliation, 
but moquery ?

And for the first time, there is a "vice-Premier" on ecology matters. 
Alain Juppé is very proud of this position, where industry, transports 
and other "technical" administrations are under the control of a 
sustainable development "vice-Premier". But this is what the ecologists 
have been claiming again and again, and in 1997 Dominique Voynet was 
only given "environment and territorial structures", though she was 
claiming that you cannot restrict ecology to nature issues, national 
parks, etc. And Alain Juppé doesn't intend to put ecology first in his 
choices : nuclear, GMO's, highway and burning-waste programmes will go on.

The result of Alain Juppé, who was the mayor of my city, Bordeaux, for 
twelve years (minus one year where he was taken out his civil rights for 
stealing money for his party, yes), this ecological result is a 
disaster. We were 10 years late on waste management as it is organised 
in Amsterdam or even Poitiers, France (cities I've living in some 10 
years ago)... now we are 20 years late, doing almost nothing. We select 
1% in Bordeaux (a dispositive every km to bring paper, plastic and glass 
when one has a very very strong good will), the rest is burnt, we go on 
building these factories (incinerators) in such a quantity that we are 
then "obliged" to produce waste.

Bordeaux is more like a lab for social control and police action. It is 
prohibited to distribute leaflets, put some posters in the streets, even 
with the agreement of the owner of the building ! Since May 6th the 
police and firemen activity is very very strong, we keep hearing sirens, 
but nothing special is happening. So what ? Is it that they are burning 
gas to claim that they're active or is it that there is a lot of 
violence in the suburbs, like we've seen in autumn 2005 ? No idea, since 
actual riots on election week-end were not published in the media... I 
can't tell you why there are twice or three times more police and 
firemen activity in my own city !

Chiche ! went yesterday to a national meeting of political organisations 
to organise Résistance (yes, big R and French spelling, we feel a strong 
danger... thought repression of social and political movement won't be 
visible for the large audience). The most difficult thing for us is to 
see that we are a minority who is outraged and scared by the situation, 
and that outside there are little comprehension and support. Something 
is happening, it will be slow but it will be tougher than anything we've 
seen in Europe. Imagine a mix of George Bush (for the personality, 
though Sarkozy is not dum at all, but a real madman), Silvio Berlusconi 
(for the media control), Margaret Thatcher (for the violence of social 
policy), and there you have the new "owner" of France...

In these conditions, I seriously think of moving away from France. 
Though Brussels and Berlin seem very attractive, my body needs a lot of 
sun and I'll go for contacts in Spain... Most active eco-alternative 
activist to lend to Jovenes verdes or Joves d'esquerra verda ! I'm just 
waiting for the results of the general elections on June 17th...

I know some greenies here subscribed to Chiche ! newsletter, but for the 
rest of French speaking people on this list, here is our analysis of the 
situation.

Green regards,
Aude Vidal, Chiche ! eco-alternative youth.

PS : Life goes on, still, only its conditions might change...

A l'heure où certain-e-s mettent en question la légitimité des 
manifestations hostiles à Sarkozy, quand il a été élu par une majorité 
d'électeurs/ices, la question démocratique se pose avec plus d'acuité 
que jamais.

Nos élu-e-s nous répètent ce message simpliste : on a les élu-e-s qu'on 
mérite, et ne pas s'en satisfaire, comme c'est le cas depuis dimanche 
dernier, serait une violence faite à la majorité. Au moment de 
l'élaboration du système républicain, à la fin du XVIIIème siècle, la 
question du droit de la majorité à opprimer une minorité se posait déjà 
: si dans une société composée de 30 personnes, il venait à l'idée à 29 
d'entre elles, réunies en majorité, de manger la 30ème, cela serait-il 
pour autant légitime ?

Quand des jeunes manifestent aujourd'hui chaque soir, sous le coup de la 
répression sévère de l'Etat, peu de voix s'élèvent pour défendre la 
légitimité de leur action, pourtant mue par la nécessité de refuser la 
culture de la violence policière, et de son équivalent politique, la 
violence de quiconque se voit donner la possibilité légale d'opprimer 
47% de la population [1].

On sait combien chaque type d'organisation politique contient en germes 
un certain résultat : le scrutin proportionnel avantage les partis 
minoritaires et oblige les gros partis à nouer des alliances avec eux ; 
une élection présidentielle placée avant les législatives avantage le 
parti qui est dirigé par une figure forte ou qui suscite la confiance. 
Concilier ou confronter, mettre en avant les personnes ou les idées, 
tels sont les points les plus forts induits par une constitution jamais 
neutre.

Dire qu'on a les élu-e-s qu'on mérite, c'est aussi nier le choix pour le 
moins réduit des électeurs/ices, qui ont de fait les élu-e-s que leur 
présente le parti le plus proche d'eux/elles. Si les élections sont 
sérieusement encadrées, la démocratie interne des partis n'est jamais 
exigée, contrôlée, ou seulement prise en compte. On sait combien le FN 
est géré comme une entreprise familiale, on suspecte aussi que les 
conservateurs/ices démocrates à l'UMP ont vu avec frayeur Nicolas 
Sarkozy prendre en main le parti, achevant son oeuvre avec une élection 
de type stalinien : candidat unique, pourcentage presque complet. 
L'électeur/ice est d'une certaine manière captif/ve du parti qui malgré 
tout lui déplaît moins que les autres.

On peut dire aussi cette année que le paysage médiatique a eu 
l'influence la plus néfaste jamais constatée en France. Alors qu'un 
Berlusconi élu en Italie, quand il possède la moitié des chaînes de télé 
du pays, suscite le mépris de l'électeur/ices français-e, les liens 
tissés par Nicolas Sarkozy avec les patrons d'entreprises de presse 
importantes sont mal connus du grand public. Les témoignages des 
directeurs de la rédaction de journaux au propriétaire sarkozyste sont 
publiés dans une presse peu lue, ils ne sont pas même évoqués dans la 
presse à grand tirage ou à la télévision. Les liens d'amitié entre 
Sarkozy et les deux héritiers Martin Bouygues (TF1, LCI) et Arnaud 
Lagardère (Hachette : radios, presse quotidienne régionale, 
hebdomadaires et maisons d'édition) ne sont pas un secret d'état, mais 
une information qui n'a pas droit de cité dans les media concernés.

Si chaque information est disponible, sa distinction du monstrueux flux 
des nouvelles n'est pas possible pour chacun-e. Nous ne sommes pas 
égaux/ales devant le système médiatique, que nous ayons du temps libre, 
une profession intellectuelle, des cultures plus ou moins pointues sur 
la chose politique.

Beaucoup d'élu-e-s affichent du mépris pour les choix incohérents de 
leurs administré-e-s. Mais cette incohérence, ils/elles la nourrissent 
en posant des questions déconnectées les unes de autres, où le 
consommateur/automobiliste, par exemple, est consulté sans faire appel 
au citoyen du monde. C'est l'unité profonde de notre être, à la fois 
sensible et égoïste, mais toujours capable de surmonter ses aspirations 
divergentes, qui est ainsi mise à mal. L'élu-e se réjouit pourtant de 
son avance, pas trop grande cependant, sur les choix populaires... un 
défaut de démocratie qu'il/elle appelle "avant-garde politique" et qui 
permet à ses yeux d'éviter le pire.

Quel que soit leur camp, des électeurs/ices du dimanche 6 mai 
reconnaissent pour beaucoup le vide de la campagne, la place réduite des 
débats les plus importants à leurs yeux : comment penser dans ces 
conditions que le système politique français marche encore ? qu'il offre 
des résultats dignes de ceux d'une démocratie, même représentative ?

Les résigné-e-s pensent que, des deux moitiés du pays qui se sont 
dressées violemment les unes contre l'autre, c'est la plus égoïste et 
obtue qui a gagné démocratiquement. Nous récusons ce caractère 
démocratique et c'est cela qui nous donne l'espoir de continuer à faire 
vivre nos idées malgré la répression politique, militante et syndicale 
qui commence.

La campagne "Personne président-e", que nous avons lancée le 1er janvier 
2007, a été pour nous l'occasion d'ouvrir un débat sur la structure même 
de la chose politique, dans les universités, les places des villes, les 
cafés. Si la rélexion sur la démocratie sera la dernière préoccupation 
de nos dirigeant-e-s, que cela ne nous empêche pas de clamer la 
légitimité des manifestant-e-s aujourd'hui opprimé-e-s et de demander, 
même au milieu du fracas des sirènes de police, que toutes poursuites et 
toute répression soient abandonnées.

Chiche !
mai 2007

A lire :
Le Plan B, bimestriel dont nous sommes fièr-e-s d'être les voisin-e-s au 
40, rue de Malte à Paris
http://www.leplanb.org/documentation/cartePPA-juin2006_l.pdf
"Sommes-nous en démocratie ?", Les Renseignements généreux
http://www.les-renseignements-genereux.org/brochures.html?id=439
"Nouveaux espaces démocratiques", Chiche !
http://www.chicheweb.org/rubrique.php3?id_rubrique=49

[1] Pour reprendre cette évaluation bien commune mais dont on verra le 
non-sens.




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